La métropole de l'eau est dans les tuyaux

Orage d'été, plages "emboucannées". Cela pourrait être un dicton marseillais tant il est vrai qu'été après été, la malédiction du drapeau violet, interdisant la baignade, paraît inéluctable.

Mais pour Didier Réault, il n'y a pas de fatalité : "D'ici trois ans, la situation va s'améliorer et la qualité des eaux sera bien meilleure à Marseille", promet l'adjoint municipal (UMP) à la mer et président du parc des calanques.

Si l'élu est optimiste, c'est qu'il vient de finaliser le contrat de baie, ce projet ambitieux qu'il défend depuis des années, "aidé aujourd'hui par une volonté politique forte", celle de Guy Teissier, président de MPM. Objectif : faire en sorte que Marseille ne soit plus le déversoir de toutes les eaux de ruissellement des communes environnantes...

Ce phénomène, que la ville doit à sa topographie en forme de cuvette bordée de reliefs, s'est considérablement aggravé avec les errements de l'urbanisation, l'imperméabilisation des sols, le manque d'entretien des berges des fleuves. Résultat : les orages et les pluies agissent comme une chasse d'eau, la station d'épuration sature et les eaux usées se déversent à Cortiou ou sur la plage de l'Huveaune. "Même le futur bassin de rétention de Ganay, qui entrera en fonction courant 2016 avec une capacité de 50 000 m3, ne pourra pas tout retenir", précise Didier Réault.

Le risque -en dehors d'attraper une furonculose en faisant trempette après l'orage- c'est que certaines plages marseillaises soient définitivement interdites à la baignade, frappées par de nouvelles normes européennes beaucoup plus strictes...

Le contrat engage 39 communes sur deux départements

La solution se trouve donc en amont : sur les bassins versants. Mais pour cela, il fallait que tout le monde tombe d'accord.

Ce qui n'est pas peu dire, puisque le contrat de baie qui vient d'être validé par l'Etat via l'Agence de l'eau, engage 39 communes sur 2 départements entre Saint-Cyr et Martigues, MPM, les conseils départemental et régional, le grand port de Marseille, Euroméditerranée, des associations environnementales, ainsi que des entreprises polluantes, sur un linéaire côtier de 130 km. Objectif : "organiser une gestion collective du patrimoine commun que sont l'eau et les milieux naturels". Ce programme englobe le contrat d'agglomération de Marseille (amélioration du réseau d'assainissement), le contrat Calypso (réduction des pollutions toxiques des ports de MPM) et le contrat de rivière de l'Huveaune. Soit un investissement total de 260 M€ (dont 70 M€ supportés par l'Etat). "Le contrat de baie programme 45 M supplémentaires d'opérations spécifiques, dont le tiers sera financé par l'Etat", précise Didier Réault.

Concrètement, plus de 200 actions sont ciblées, autour de trois objectifs : la réduction des pollutions rejetées dans la baie de Marseille, l'installation d'une "gouvernance de l'eau" entre les différents acteurs, la restauration des milieux aquatiques, à Cortiou notamment, mais aussi au ruisseau des Aygalades.

Marseille et ses plages sont les grandes gagnantes de cet accord, mais les autres communes ne sont pas en reste. "Cette approche globale permet de réduire la pollution partout et de limiter les risques d'inondations", souligne Gaëlle Bertaud, directrice Paca-Corse de l'Agence de l'eau, qui se félicite de ce contrat "hors norme, mené à si grande échelle, avec l'implication de tant d'acteurs".

Avec la fusion des universités, le contrat de baie est à ce jour l'un des plus grands contrats métropolitains.

 

Source : La Provence