30 ans d’Éa éco-entreprises : le regard de Christian Laplaud
Publié le : 12 Mai 2026
À l’occasion des 30 ans d’Éa éco-entreprises, nous avons recueilli le témoignage de Christian Laplaud, ancien président du réseau. Il revient sur les grandes étapes de son engagement, les combats fondateurs et les enjeux qui restent, aujourd’hui encore, pleinement d’actualité.
Avant de revenir sur son engagement, quelques éléments de contexte permettent de mieux situer le parcours de Christian Laplaud.
Président d’Éa éco-entreprises quelques mois après sa création, il a occupé cette fonction de juin 1997 à juin 2015, soit près de 18 ans à la tête du réseau. Il est également le fondateur d’Altereo, entreprise créée en 1989 et spécialisée dans l’ingénierie de l’eau et de l’environnement, qu’il a dirigée pendant plus de 30 ans.
Aujourd’hui, il poursuit son engagement dans l’accompagnement des entreprises en tant que président de Next Step Consulting, et intervient notamment comme business angel auprès de différentes structures innovantes.
Pouvez-vous vous présenter et revenir sur votre engagement au sein d’Éa ?
« La filière française de l’eau, c’est quelque chose qui a été mis en place par l’État… et que j’ai eu l’occasion de présider. »
Au-delà de son activité professionnelle, Christian Laplaud a porté plusieurs engagements structurants au nom d’Éa éco-entreprises. Parmi eux, son implication au sein de la filière française de l’eau occupe une place centrale.
Créée dans le cadre du Conseil national de l’industrie, cette filière stratégique lui a permis de contribuer, aux côtés d’acteurs majeurs, à porter la voix des entreprises de l’eau à l’échelle nationale. Une expérience marquante, à la croisée des enjeux économiques, industriels et politiques.
Avec le recul, quel a été selon vous le moment ou le défi le plus marquant de votre présidence ?
« Le défi le plus marquant, ça a été la construction du Pôle de compétitivité sur l’eau.»
Parmi les souvenirs les plus marquants de son engagement, Christian Laplaud cite sans hésiter la construction du pôle de compétitivité sur l’eau. Ce chantier a représenté, selon lui, un véritable combat, avec des négociations complexes, des arbitrages parfois difficiles et une forte mobilisation collective.
Il rappelle que la Région Sud a joué un rôle moteur dans cette dynamique, tout comme l’État, à travers plusieurs interlocuteurs engagés à l’époque. Ce projet a demandé de la persévérance, notamment dans les échanges avec d’autres territoires, mais il reste pour lui l’un des grands accomplissements de cette période. C’est un moment fondateur qui a contribué à asseoir la légitimité du réseau et à renforcer sa place dans l’écosystème régional et national.
Si vous deviez retenir un seul souvenir de votre présidence chez Éa, lequel et pourquoi ?
« Je me souviens d’un trajet dans le véhicule du SGAR PACA avec gyrophare sur l’autoroute pour aller à une réunion à Nîmes entre régions PACA et Languedoc pour négocier un accord pour le Pôle de compétitivité… ça fait partie des souvenirs marquants ! »
Derrière les grands projets structurants, ce sont aussi des moments plus inattendus qui marquent une présidence.
Christian Laplaud évoque avec humour cette anecdote, révélatrice de l’intensité des échanges et des enjeux de l’époque.
Mais au-delà de ce souvenir, il retient surtout les nombreuses missions à l’international, qui ont permis à plusieurs entreprises du réseau de franchir un cap dans leur développement.
« Les missions à l’international ont été des moments forts : elles ont permis à plusieurs entreprises de se lancer à l’export. »
Lors de votre présidence, quels étaient les services phares de la structure ?
« Les services phares, c’était l’international… et la structuration de la filière, notamment avec le pôle de compétitivité et la filière française de l’eau. »
À ses yeux, deux axes majeurs structuraient l’action d’Éa : l’ouverture à l’international et le travail de structuration de la filière eau.
Les missions à l’étranger, les participations à de grands événements internationaux et les mises en relation ont constitué de véritables leviers de développement pour les entreprises.
En parallèle, l’implication dans la filière française de l’eau et la création du pôle de compétitivité ont permis d’inscrire durablement le réseau dans un écosystème stratégique, à la fois régional et national.
Quelle évolution majeure du réseau vous rend le plus fier aujourd’hui ?
« Le fait que le cluster existe encore aujourd’hui, c’est déjà une réussite. »
S’il suit aujourd’hui avec un certain recul l’évolution du réseau, Christian Laplaud souligne un point essentiel : la capacité d’Éa à durer.
La pérennité du cluster, mais aussi plus largement celle du réseau, témoigne selon lui de la solidité des bases posées et de la pertinence du modèle.
Comment voyez-vous le rôle d’Éa éco-entreprises face aux enjeux actuels de la transition écologique ?
« Pour moi, il faut s’ouvrir davantage aux sciences humaines et à l’économie comportementale pour réussir à changer les comportements. »
Face aux enjeux actuels, Christian Laplaud défend une vision à la fois lucide et stratégique du rôle d’un réseau comme Éa.
Pour lui, les défis de la transition écologique ne sont pas uniquement techniques. Si les éco-entreprises développent aujourd’hui des solutions performantes, leur adoption reste souvent freinée par des logiques plus profondes : habitudes, perceptions, freins économiques ou encore résistances au changement.
Dans ce contexte, il estime essentiel d’élargir les approches en intégrant davantage les sciences humaines et sociales, comme l’économie comportementale. Comprendre pourquoi les comportements évoluent, ou non, devient une condition clé pour accélérer la diffusion des innovations.
Il insiste également sur un autre levier encore trop peu mobilisé : le marketing stratégique. Identifier les besoins réellement mal couverts, structurer son offre, savoir la positionner et la vendre… autant de compétences indispensables pour transformer une innovation en solution concrètement adoptée.
Quel conseil donneriez-vous aux dirigeants ou entrepreneurs qui s’engagent aujourd’hui dans le réseau ?
« Quand tu échanges une idée avec quelqu’un, chacun repart avec deux idées… c’est ça qui fait qu’un réseau fonctionne. »
Pour Christian Laplaud, la force d’un réseau repose avant tout sur l’implication de ses membres.
Un cluster comme Éa n’a pas vocation à fournir des opportunités “clés en main”, mais à créer un cadre propice aux rencontres, aux échanges et aux coopérations. C’est dans cette dynamique collective que naissent les projets, les partenariats et, parfois, les opportunités d’affaires.
Son message est clair : un réseau fonctionne sur un principe de réciprocité. Plus les membres s’impliquent, partagent, contribuent, plus ils en retirent de valeur.
À l’inverse, sans échange ni engagement, le réseau perd sa substance. C’est cette circulation des idées, des expériences et des compétences qui fait toute la richesse, et la durabilité, d’un collectif comme Éa éco-entreprises.
« Si tu ne donnes pas, tu ne reçois pas. C’est la base. »